Mohammed Drihem
OUKAÏMEDEN, 26/06/2026 – L’Observatoire d’Astronomie d’Oukaimeden, perché à 2700 m d’altitude dans le Haut Atlas, signe un nouveau coup d’éclat. Son programme MOSS – Morocco Oukaimeden Sky Survey – a détecté trois astéroïdes géocroiseurs entre mai et juin 2025, confirmant la place du Maroc parmi les sentinelles de la planète.
Trois détections en deux mois le 1er juin 2025, les télescopes robotisés de MOSS ont capté un nouvel objet baptisé provisoirement 2026 LS. Confirmé 24h plus tard par les observations de suivi de la station IAU 185, il a été officiellement répertorié par le Minor Planet Center dans sa circulaire MPEC 2026-L33. Classé dans la famille des Amor, cet astéroïde s’approche de l’orbite terrestre sans jamais la croiser : un “voisin” à surveiller, mais sans risque d’impact à court terme.
Deux autres détections avaient eu lieu en mai 2025 : 2026 GU2 et 2026 GW3. Le premier appartient aux Apollo, ces astéroïdes dont l’orbite coupe celle de la Terre. Le second est un Amor, comme 2026 LS. Ces trois découvertes en moins de 60 jours illustrent la montée en puissance des systèmes automatisés développés sur le site.
MOSS, l’œil du Maroc sur le ciel
Lancé en 2019 par l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, MOSS est aujourd’hui le principal contributeur africain au réseau mondial de surveillance des objets géocroiseurs. Installé sur le plateau d’Oukaimeden, il profite d’un ciel parmi les plus purs au monde : plus de 300 nuits claires par an, faible pollution lumineuse, altitude élevée.
Équipé de télescopes robotisés de 50 cm, le programme balaie le ciel chaque nuit à la recherche de points lumineux qui bougent. Chaque détection est envoyée au Minor Planet Center, organisme de référence rattaché à l’Union Astronomique Internationale. À ce jour, MOSS a contribué à la découverte de plus de 3000 petits corps du Système solaire et transmis des millions de mesures de position.
La classification est clé : les Amor frôlent la Terre par l’extérieur, les Apollo la croisent par l’intérieur. Seuls ces derniers nécessitent un suivi renforcé, car un croisement d’orbites crée un risque théorique d’impact sur le très long terme.
Le Maroc, acteur de la défense planétaire
« Ces découvertes confirment l’excellence scientifique développée à Oukaimeden. Elles montrent que le Maroc est aujourd’hui un acteur reconnu dans la surveillance des objets géocroiseurs. C’est le fruit d’un travail d’équipe entre chercheurs, ingénieurs et partenaires internationaux engagés pour la protection de la planète », souligne l’équipe de MOSS.
Au-delà de la prouesse scientifique, l’enjeu est stratégique. Depuis l’impact de Tcheliabinsk en Russie en 2013, la communauté internationale a renforcé ses réseaux de détection précoce. L’ONU, via son Bureau des affaires spatiales, coordonne désormais l’alerte mondiale. Chaque nouvel astéroïde détecté affine les modèles orbitaux et permet d’écarter ou de confirmer un risque futur.
L’Observatoire d’Oukaimeden travaille en lien direct avec la NASA, l’ESA et le réseau ATLAS. Son rôle est de couvrir le ciel africain, une zone longtemps sous-observée, et fournir des données complémentaires aux grands observatoires d’Hawaï ou du Chili.
Un outil pour la science et la formation
MOSS ne se limite pas à la veille. Il forme aussi une nouvelle génération d’astronomes marocains. Des étudiants de Marrakech participent aux nuits d’observation et au traitement des données. L’Observatoire collabore avec des universités européennes et américaines sur l’étude de la composition des astéroïdes.
Avec ces trois nouvelles détections, Oukaimeden prouve que la science marocaine n’est pas cantonnée au sol. Elle scrute le ciel, contribue à la sécurité collective et porte haut le drapeau national dans un domaine de pointe.