Mustapha EL OUICHE
Chercheur en Langue et Littérature amazighes
Avec la parution de son nouveau recueil, en 2026, Awsim n Yitran(Jardin des étoiles), l’écrivain-chercheur Daoud Knioui offre à la littérature amazighe une œuvre d’une densité remarquable. En seulement 76 pages, l’auteur tisse un univers où la tradition orale et la modernité narrative se rencontrent avec une rare élégance. Le titre, qui évoque un rassemblement d’astres, annonce la couleur : chaque nouvelle est une étoile, un éclat de vie, une réflexion profonde sur l’âme humaine et les méandres de la société. Knioui, en fin connaisseur de la culture amazighe, utilise la langue avec une précision chirurgicale, mêlant des expressions archaïques à une prose contemporaine pour créer une musique singulière qui captive le lecteur (-trice) dès les premières lignes.
Les huit nouvelles composant ce recueil sont autant de voyages dans des contrées intimes et collectives. L’ouvrage s’ouvre sur un avant-propos de LahsenDdamoulay et une introduction de l’écrivain lui-même, avant de commencer par la première nouvelle : « ⵜⴰⴹⴰⵏⵉⴷⴰⵎⵎⵏ » (L’alliance de sang), une plongée introspective dans la mémoire et l’oubli, avant de basculer dans « ⴷⵓⵏⴰⵙ » (Dunas), une réflexion sur le monde et ses illusions. L’amour, sous toutes ses formes (ses états), est exploré dans « ⵜⴰⵢⵔⵉⵜⵉⵎⵉⴷⵉⵜ » (Le vrai amour), tandis que « ⵜⴰⵥⵓⵕⵎⴻⵎⵎⵓⵢⵜⵜⴰⵇⴱⴱⴰⴱⵜ » (lézard vert menuisier) offre une métaphore subtile sur la fragilité et la transformation. L’œuvre se distingue également par des récits allégoriques comme « ⵉⵣⵉⵎⵓⵔⴷⴰⵉⵙⴽⴰⵔⵉⵣⵎ » (Le rugissement ne fait pas le lion), une fable sur l’identité et le courage, ou « ⵜⴰⵏⵉⵜ » (Tanite), qui puise dans le mythe pour aborder la quête de sens. Enfin, « ⴰⵙⵖⴰⵍⵏⵉⵡⴰⵍⵉⵡⵏ » (La pesée des mots/la mesure des paroles) et « ⵜⵉⴼⵍⵓⵜⵏⵜⵓⵅⵅⵓⵜ » (La porte de l’animosité) concluent ce périple avec une intensité dramatique qui laisse le lecteur méditatif.
Awsim n Yitran n’est pas un simple recueil de nouvelles ; c’est un acte de résistance culturelle et un chef-d’œuvre de concision. Daoud Knoui réussit le pari de faire tenir des mondes entiers en quelques pages, prouvant que la nouvelle est un genre à part entière, capable de rivaliser avec le roman en termes d’émotion et de complexité. En puisant dans les richesses de l’imaginaire amazigh, mais en abordant des thèmes universels comme l’exil, l’amour perdu ou le poids du destin, l’auteur s’adresse à tous les cœurs. Ce recueil, par sa maîtrise stylistique et sa profondeur thématique, s’impose comme une œuvre essentielle, non seulement pour les amoureux de la culture amazighe, mais pour tous ceux qui cherchent à comprendre la beauté et la noirceur de la condition humaine à travers une parole authentique et poétique.