En ce samedi soir exceptionnel de la fin de l’hiver 2026, les vastes plaines du Haouz n’étaient pas qu’un simple décor visuel — elles étaient un partenaire silencieux dans la construction du sens. Entre le murmure des seguias qui serpentent çà et là, et une brise légère portant le parfum des herbes aromatiques et des oliveraies à perte de vue, des cœurs et des esprits se sont réunis autour d’une même table
Dans un espace digne de l’âme avant le corps, l’association Centre des Jeunes Entrepreneurs — Section Marrakech — a organisé sa rencontre culturelle et spirituelle intitulée « RIBAT AL MAANI Dialogue du Lien des Sens », une septième édition intellectuelle pour renouer les liens entre la plupart des membres du Centre, les élites cultivées et les esprits méditatifs.

L’Iftar… Premiers pas vers la communion
Le début ne fut ni une feuille ni un discours, mais une bouchée de pain et de l’eau. Après que les participants se furent installés dans ce bel espace, un iftar collectif réunit les membres du bureau, les professeurs-chercheurs, les amis de l’association venus de sections nationales, et même certains anciens membres. Puis des mains se levèrent en supplication lors d’une prière collective qui unit les cœurs avant que le dialogue ne commence.
La poésie ouvre, et LALLA Wafaa accueille
La rencontre fut animée avec brio par le chercheur et poète Professeur Hassan Charaf, qui ne se contenta pas de tracer la feuille de route de la conférence, mais l’inaugura avec un chef-d’œuvre poétique d’une profonde signification, d’une voix mélodieuse qui émut les sensibilités et prépara les esprits à recevoir ce qui était plus profond encore. La parole fut ensuite donnée à Mme Wafaa Chahbar, présidente de la branche de Marrakech, qui souhaita la bienvenue aux participants au nom de l’association, en présentant ses réalisations et en rappelant les valeurs éthiques qui la fondent : l’éclairage, l’élévation, la solidarité, le maintien des liens familiaux et la valeur de « penser hors des sentiers battus »

Socrate face à l’intelligence artificielle
« L’intelligence artificielle entre doutes et certitudes »
La première conférence fut celle du Professeur-chercheur Saad Mohammed, qui convoqua le philosophe grec Socrate pour le mettre en dialogue. Dans un style à la fois littéraire et scientifique captivant, le Professeur Saad renversa la table sur l’intelligence artificielle, la plaçant dans le box des questions socratiques. À chaque interrogation, les réponses plus profondes de Socrate réfutaient les hypothèses et révélaient les limites. Sa conférence se distingua par sa spontanéité, intégrant ses expériences personnelles dans le texte argumentatif, poussant les participants à prendre part à la construction d’un discours rhétorique cherchant à traquer la vérité dans les méandres de la technologie moderne.

La certitude entre les épreuves de la vie et l’empire de la mort
Ensuite, la parole fut donnée au Professeur-chercheur Mohsine Lakhdiassi, qui aborda la question de la « certitude » sous un angle existentiel. Il ne parla pas de la certitude comme d’une idée abstraite, mais comme d’une souffrance humaine. Il s’appuya sur les épreuves de la vie qui lui avaient enseigné le sens de la stabilité en temps de fluidité. Il souligna l’importance du « doute » comme point de départ de la compréhension, mais guida les participants avec expérience vers la plus grande certitude, braquant les projecteurs sur la « mort » en tant qu’unique vérité indiscutable, dans une construction rhétorique rigoureuse qui captiva l’attention.
Entre doute et certitude… une poésie qui balance
Le modérateur Hassan Charaf ne laissa pas les esprits s’engourdir : de temps à autre, il gratifiait les auditeurs d’autres poèmes, faisant de la rencontre un tissu artistique subtil oscillant entre la parole douce et la parole argumentative, entre l’émotionnel, le spirituel et le rationnel logique. C’était une quête évidente d’un équilibre délicat entre science et art, entre l’argument et l’abandon à la beauté, entre la raison et le cœur.

Les interventions du public : la sagesse au cœur de l’expérience
L’une des lumières de cette rencontre fut sans doute l’interaction du public. Leurs interventions n’étaient ni déclaratives ni académiquement arides, mais des histoires humaines sincères, loin de tout vernis protocolaire. Chaque intervenant racontait son expérience personnelle avec le doute ou la certitude, en lien avec son rapport à la technologie ou à la vie elle-même — faisant de ces interventions de véritables témoignages vivants qui enrichirent le débat en profondeur et touchèrent l’âme avant la raison.
Le sceau : une prière et une photo
La rencontre se clôtura par un dialogue ouvert entre le public et les conférenciers, puis une photo de groupe immortalisant l’instant, et une prière collective élevée par des cœurs dans la sérénité de cette atmosphère. La séparation n’était que provisoire, car les portes du dîner s’ouvrirent en grand, permettant aux arcs intellectuels de rester ouverts, et à tous de s’engager pour de futures rencontres qui fassent triompher le sens sur le non-sens, et l’amour sur l’indifférence.
Le mot de la fin
La rencontre des « Jeunes Entrepreneurs » à Marrakech ne fut pas simplement un séminaire sur l’intelligence artificielle. Ce fut une victoire du sens. Une tentative sérieuse de marier les deux balances : celle de la certitude et celle du doute, dans une quête pour peser l’âme humaine à l’ère de la machine. En ces temps de non-sens, cette rencontre fut un retour aux racines — là où le mot est un arbre, l’eau est le secret de l’existence, et la communion est le fruit.
Omar Ait Saïd — 28 février 2026